J’ai baisé la mer.
Le temps m’a vu,
Flirter sans cesse avec l’océan.
Sur son corps, je me suis désaltéré
Des rayons juxtaposés du chaud soleil d’été.
J’ai tapoté les tétons des vagues
Et leurs chants m’ont enivré
Jusqu’aux premières lueurs du jour.
La nuit n’était que larmes ;
La mer un grand pleur.
Je rêvais dans ses rires de fleurs d’eau s’ouvrant
Aux regards des rochers
Clins d’œil ressemblant aux hirondelles,
Nées des caresses de l’écume et du sable.
On était deux,
La mer et moi,
Ivres et fous de se remuer
Dans la danse immortelle des amours éternelles.
Parmi tant d’univers,
Nos empreintes calcinées
Créaient des galaxies aux bornes illimitées.
On se contait les drôleries des fleuves
Qui venaient chatouiller nos corps,
À la beauté de l’argile,
Rescapés des désirs inassouvis.
Extasié tel un nuage en rut
J’arpentais de mes lèvres
Les longs bras de la mer,
Et nous mimions, joyeux,
L’ondulation des vagues
Dans leurs transes rugueuses.
On n’était que deux,
La mer et moi,
Amoureux, épris du cycle du temps,
Qui peignent dans le vent la chasteté profonde
Des cœurs qui se mélangent.
Ah ! L’orgueil funeste vint au réveil de mes aubes
Brûler de son feu
Au supplice du bûcher ce rêve d’éternités,
La grande gueule des fous
Calomniaient mes matins.
Et pouvait s’entendre
À mille lieues de nos rivages incompris.
Leurs ricanements bâtards, sur le divan des jours,
S’accrochaient nus au contour de ma peine,
Et nos blessures s’ouvrirent,
La mer et moi,
Pour absorber dans le deuil de notre immense amour
Les perles jetées des adieux d’autrefois.